Textes engagés

EN FAVEUR DE L’ASSOCIATION « INNOCENCE EN DANGER »

 

DECULPABILISONS LES VICTIMES

En me donnant la possibilité de m’exprimer, l’association « INNOCENCE EN DANGER » offre aussi cette opportunité à des milliers de victimes qui n’ont pas la parole. Chaque fois que je peux témoigner, je veux le faire aussi en leur nom.

Pouvoir transmettre mon vécu, avec l’espoir qu’il puisse être utile à d’autres, donne du sens à mon parcours, une réponse à la tragique question : « Pourquoi, pourquoi moi ? ».

Je fais partie des innombrables enfants victimes de maltraitances (sexuelles, physiques et psychologiques), qui devenus adultes doivent vivre au quotidien avec les conséquences des violences subies.

Je me suis longtemps tue, contrainte de me débrouiller seule avec mes blessures. Et j’y suis parvenue durant de nombreuses années. J’avais une vie socialement acceptable ; j’étais en apparence épanouie. En réalité, j’étais sans cesse en résistance ; j’étouffais ma détresse. Jeune adulte, en plus de porter le fardeau de mes traumatismes d’enfance et d’adolescence, je me pliais à beaucoup de situations inacceptables, tant les viols et mauvais traitements m’avaient formatée pour subir en silence. À cela s’ajoutait une peur panique, si je ne me soumettais pas, d’être abandonnée, comme je l’avais été par ma propre mère. Dans mon désert affectif, un lien, même nocif, valait mieux que l’absence de lien.

Je me débattais autant que possible, quand vers 30 ans des épreuves de la vie courante ont fait écho à mes traumatismes passés. En 2008, mon fragile système de défense a volé en éclats. J’ai développé un syndrome de stress post-traumatique. Fissurée de partout, j’ai aussi plongé dans une addiction.

Pourtant, ce syndrome de stress post-traumatique a aussi été un drame salvateur. Ce sont ses atroces souffrances qui m’ont enfin poussée à la révolte. Sans ce douloureux réveil, je serais probablement toujours sous l’emprise de la maltraitance. Face à ma vie en lambeaux, le besoin de faire quelque chose d’utile de ma souffrance est devenu plus fort que tout. Aujourd’hui, grâce à l’amour surtout, à la psychothérapie, au sport et à l’écriture, je suis plus ou moins debout. Mais s’en sortir à peu près tient trop souvent de l’exception. Beaucoup de victimes prennent perpétuité de souffrances. Pour elles, il n’y a pas de peines légères, pas de peines avec sursis.

Il faut que les mentalités évoluent ! Les associations telles que celle qui nous réunit ce soir font un travail merveilleux, mais les consciences, elles, se modifient lentement. En grande partie à cause des problématiques du tabou et du déni.

Pour que cela change, il faut fracasser le silence. Mais il faut aussi donner les moyens aux victimes de le faire. Parler n’est pas facile pour elles ; car cela implique de refaire face à l’horreur et d’affronter celles et ceux qui préfèreraient qu’elles se taisent. Actuellement, les victimes ne sont pas suffisamment reconnues ni soutenues pour oser témoigner. Il est fondamental que leurs souffrances soient mieux considérées et le crime qui les a engendrées mieux sanctionné.

Sinon, c’est risquer de les enraciner dans une souffrance solitaire difficile à dépasser, c’est les contraindre au silence, c’est les discréditer, c’est cautionner la violence, c’est laisser s’installer l’idée que les mauvais traitements au sein même des familles n’existent pas ou sont des cas isolés, et enfin c’est leur faire violence encore une fois !

Ce déni mortifère, ou la minimisation de leurs douleurs, les victimes s’y heurtent encore trop souvent ; alors elles se taisent. Seulement, se taire revient à se terrer puis à s’enterrer.

Nous pouvons agir ! Si l’entourage des victimes ne peut pas toujours éviter le premier coup, il peut éviter d’en asséner un deuxième ! Par de simples mots, il peut modifier la représentation que la victime aura de son trauma et l’impact de celui-ci sur la suite de sa vie. En la soutenant, et non en la culpabilisant pour échapper à une réalité trop violente.

Le déni de l’entourage est une réponse malheureusement courante. C’est à la fois une réaction humaine et inhumaine. Mais elle est insupportable pour la victime et les répercussions sur son existence sont infinies ! Addiction, syndrome de stress post-traumatique, dépression, fibromyalgie, répétition de la maltraitance, criminalité, échecs affectifs et scolaires, prise ou perte de poids, suicide,… Lorsqu’on en prend la mesure, on ne peut plus rester sourd et aveugle à ces crimes.

Aidez-nous à développer notre résilience et à réintégrer notre place dans la société.

J’aimerais encore m’adresser à vous, mes semblables, et vous dire que j’entends à en avoir mal le cri que vous n’avez jamais pu pousser. Vous dire que quel que soit le noir dans lequel vous vous trouvez, regagner une qualité de vie est possible. J’aime répéter que dans le mot « courage » il y a le mot « rage » ; parce que c’est dans cette dernière que j’ai puisé le courage de rester en vie. Je vous souhaite de parvenir à transformer positivement vos douleurs. On vous a fait assez de mal ; ne vous en faites pas davantage ! Je tiens également à vous demander pardon, en tant qu’être humain, à la place de celles et ceux qui devraient le faire, et qui ne le font pas…

Enfin, je signerai mon texte, car m’identifier fait partie intégrante de ma démarche de libération. Comme pour me rassurer contre cette terreur qui hante encore tant de victimes, on me propose souvent de m’exprimer anonymement. Mais ce n’est pas aux victimes d’avoir encore à se cacher ! Signer, c’est aussi ma façon de restituer la honte aux agresseurs.

Merci de m’avoir offert l’opportunité de transmettre mon message. S’il peut contribuer à éveiller quelques consciences, alors je saurai que tant d’années de mon existence ne m’ont pas été volées en vain !

Pour conclure, je souhaite un bon anniversaire à l’association « INNOCENCE EN DANGER » ! Merci pour cette soirée, merci surtout de votre travail tout au long de l’année, et merci à celles et ceux qui ont la générosité d’être présent ce soir, pour faire honneur à cet événement.

 

Stéphanie Y. Fischer

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